Pourquoi le soldat O est-il mort ? Pas au bout des fusils de l'ennemi comme il est naturel dans toute guerre qui respecte ses lois. Mais tombé sous les balles de ses frères d'armes. Pas par le hasard tragique d'une erreur de tir comme il en existe naturellement dans toute guerre qui fait de son mieux et n'y parvient pas toujours. Mais dans le calme terrible et ordonnancé d'un peloton d'exécution. A qui le soldat O doit-il de n'avoir pas eu le temps de montrer le courage et la loyauté qu'il s'était promis face à l'ennemi ? A Montesquieu ? Michelet, Victor Hugo, Balzac, Taine ou Daudet,… ? Pas encore à Céline ou Alexis Carrel. Au-delà de ses causes circonstancielles, l'ombre de nos grands écrivains n'a-t-elle pas scellé par avance le sort du soldat O ?
Boulevards, places, avenues perpétuent dans plusieurs villes du Midi la mémoire de ce Quinzième Corps d'Armée accusé de lâcheté au début de la guerre de 14-18 pour la seule raison qu'il était composé de provençaux et de corses.
Un formidable effet de stupeur avait alors saisi la Provence partagée entre la douleur et l'indignation. Malgré la réhabilitation officielle du soldat O, fusillé pour l'exemple, la plaie demeurera longtemps ouverte.
"La légende noire du soldat O" imagine le procès des plus emblématiques de nos grands écrivains, philosophes, historiens à travers leurs écrits sur le Sud, bien souvent étonnants de mépris, d'agressivité, d'ironie qui suscitent un rire grinçant et ébranlent les gloires les plus immortelles.
Texte et mise en scène: André Neyton
Musiques: Miquèu Montanaro
Scénographie: en cours
Création éclairages: Michel Neyton
Création costumes: Isabelle Denis
Banque d'images: ECPDA
Traitement images: P'Silo
Une histoire méconnue
Trois août 1914: Déclaration de guerre entre la France et l'Allemagne.
La stratégie du Grand Quartier Général repose sur "l'attaque à outrance" contre un ennemi solidement retranché sur les frontières de l'Alsace et de la Lorraine depuis 1870.
Vingt août 1914: La retraite est générale. Les pertes sont énormes.
L'échec de cette stratégie est total. L'Etat Major cherche alors un bouc émissaire.
Le vingt quatre août paraît dans le journal Le Matin un article en réalité rédigé par le Ministre de la Guerre :
…Un incident regrettable s'est produit. Une division du 15 ème corps composée de contingents d'Antibes, de Toulon, de Marseille, et d'Aix, a lâché pied devant l'ennemi. Les conséquences en ont été celles que les communiqués officiels ont fait connaître. Toute l'avance que nous avions prise au delà de la Seille sur la ligne Alaincourt-Delme et Château-Salins, a été perdue. Tout le fruit d'une bataille-combinaison stratégique longuement préparée a été momentanément compromis, malgré les efforts des autres corps qui participaient à l'opération et dont la tenue a été irréprochable. La défaillance d'une partie du 15ème corps a entraîné la retraite sur toute la ligne. Le ministre de la Guerre, avec sa décision coutumière, a prescrit les mesures de répression immédiates et impitoyables qui s'imposaient…
… A l'aveu public de l'impardonnable faiblesse des troupes de l'aimable Provence surprises par les effets terrifiants de la bataille et prises d'un subit affolement, s'ajoutera la rigueur des châtiments militaires".
L'affaire du XVème Corps était née. A l'humiliation de toute une population allaient s'ajouter exécutions pour l'exemple, rejet des soldats provençaux et lourdes brimades. La réhabilitation du XVème Corps et l'amende honorable qui suivirent n'effacèrent pas les effets d'un racisme anti-méridionnal ambiant.
Le spectacle
Le texte s'inspire de lettres de soldats au front, de grands auteurs français, de la presse de l'époque et enfin des ultimes témoignages encore présents dans la mémoire populaire.
Sur un fond de légèreté va-t-en-guerre entretenu par une Madelon exaltant le courage des "piou-piou de Provence", le soldat O écrit entre deux obus qui l'ont épargné. Il parle du trou fait et refait dans la boue pour s'enterrer, des godasses qu'il a empruntées à celui qui n'en avait plus besoin (il a fallu chercher pour enlever la deuxième à l'autre pied, un peu plus loin), du dernier colis, du papier à lettre qui ne supporte pas la pluie d'ici.
La Madelon, omniprésente, le remet debout par la magie de son exhortation aux charmes débordants. Pendant que le soldat O raconte, derrière lui des images défilent. Celles d'une camera qui fait ses premiers pas dans la vérité de la guerre. L'image bascule. L'opérateur n'a peut-être pas vu venir…
On appelle le soldat O. Pour la relève, pour revenir un peu plus tard, ragaillardi, tenir son nid de poule ou monter à l'attaque?
Le soldat O sera fusillé.
Alors le soldat O se souvient. Il se souvient qu'il ne peut être qu'un lâche. Puisque cela était écrit. Dans un procès tragi-comique, il va se prêter au jeu de l'ethnotype provençal auquel il était condamné par avance.
La musique
Miquèu Montanaro
Musicien, Auteur-compositeur, Michel Montanaro, débute par la musique provençale traditionnelle dont il s'évadera pour développer une voie qui lui est propre. Plusieurs centaines de concerts l'ont emmené aux quatre coins du monde, de l'Amérique Latine à l'Europe Centrale et à l'Afrique, en passant par des Festivals de dimension internationale, Budapest, Edimbourg, Nantes, Vilanova i la geltru, Bamako...
Compositeur, il écrit des œuvres contemporaines enracinées dans la Méditerranée, inspirées par un itinéraire privilégiant les échanges avec diverses cultures musicales.
Il dirige depuis 1989 l'ensemble européen “VENTS D'EST”.
Il a également composé des musiques de scène, de films, de ballets, et notamment toutes les musiques des spectacles mis en scène par André Neyton.
Il est à l'origine de la création du Chantier-Centre de création des Nouvelles Musiques Traditionnelles à Correns.