Le Venin du Théâtre
De Rodolf Sirera
A la lueur des candélabres qu’un domestique allume lentement un à un, le salon apparaît. Entièrement doré. Doré comme l’est la fiction au théâtre. Noir comme pourrait l’être le théâtre s’il se mettait à quitter la fiction pour aller jusqu’au bout de ce qu’il annonce, jusqu’à la lie de son venin. Et ce soir le marquis misera sur le noir.Gabriel de Beaumont, comédien adulé du public est là (mais il ne le sait pas encore) pour donner au Marquis l’interprétation théâtrale juste et authentique, parfaite et unique.L’œuvre du Catalan Rodolf Sirera donne une acuité et une intensité toutes particulières au paradoxe du comédien, cher, depuis Diderot, à tous ceux qui s’interrogent sur la fonction même de l’acteur : « La seule manière de montrer la mort de façon juste, c’est de mourir réellement. »D’une construction implacable au climat pesant qui frôle l’angoisse, au suspense digne d’un thriller, le VENIN DU THEATRE est aussi un très beau texte tout à la fois sur l’essence même du Théâtre, la fiction et la réalité, la violence et la domination.